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INTERVIEW : Rencontre avec Zhou Zhenyi, seul intervenant officiel français du 6éme Global Forum On Nicotine

INTERVIEW : Rencontre avec Zhou Zhenyi, seul intervenant officiel français du 6éme Global Forum On Nicotine

C’était l’événement à ne pas manquer au mois de juin ! La 6éme édition du Global Forum On Nicotine s’est donc tenu à Varsovie (Pologne) du 13 au 15 juin 2019 et avait pour devise « It’s time to talk about nicotine« . Pour l’occasion des avocats, des chercheurs, des experts en politiques, des consommateurs étaient sur place pour discuter des dernières recherches et des obstacles réglementaires à la réduction du risque lié au tabagisme. Seul intervenant français invité officiellement par l’organisation du GFN, Zhou Zhenyi nous donne son retour et ses impressions sur cette dernière édition.


ENTRETIEN AVEC ZHOU ZHENYI – INTERVENANT OFFICIEL AU GFN19


Vapoteurs.net : Bonjour, Pouvez vous vous présenter et expliquer la raison de votre présence au Global Forum on Nicotine ?

Zed : Je me nomme Zhou Zhenyi mais on me surnomme le plus souvent par mon pseudonyme « Zed ». 
Je suis buraliste dans le 4e arrondissement de Paris et spécialisé dans la réduction des risques tabagiques. J’étais présent au GFN en tant qu’intervenant officiel, expert du comptoir notamment dans l’accroissement de la motivation du fumeur vers des produits à risques réduits.
Ce fut un honneur pour moi d’être invité et de pouvoir présenter mon travail. J’ai également ressenti un grande fierté de représenter mon pays en ayant été le seul présentateur français de cette année. J’ai aussi grandement apprécié assister aux différentes conférences où ont été détaillées les derniers travaux des plus grandes pointures de la recherche et de l’activisme de la réduction des risques tabagiques.

Vapoteurs.net : Quel a été l’objet de votre intervention ?

Je me suis beaucoup investi dans la réduction des risques tabagiques depuis que j’ai pris connaissance du sujet, il y a un peu plus de 18 mois. En m’y investissant à corps perdu, j’ai redécouvert mon métier et j’y ai trouvé un plaisir nouveau à tenir le comptoir jour après jour. Il est extrêmement gratifiant d’aider autrui, c’est d’ailleurs le propre de la nature humaine. L’homme est un animal grégaire, nous avons besoin de ce contact humain. Aider autrui est même un besoin fondamental humain. En effet, l’action d’aider crée une délivrance d’ocytocine, de sérotonine et de dopamine, les hormones de la récompense, nous poussant ensuite à continuer ce cycle d’entraide qui structure notre façon de vivre en société. C’est littéralement inscrit dans nos gènes.

Très rapidement, j’ai créé un blog, une chaîne YouTube et administré ou géré des groupes de travail sur Facebook ou Wechat, selon les préférences de chacun. Ces groupes de travail ne regroupent que des professionnels et permettent de créer un véritable effet de levier en termes de créations de points de vente efficaces dans la diffusion de l’information sur la réduction des risques tabagiques.

En effet, je pense que nous sommes en train de perdre la bataille médiatique sur la véritable information des produits à risques réduits. L’idée a donc été d’informer directement les fumeurs, un par un, sur le terrain, dans les bureaux de tabac directement. On leur donne une information ciblée en outrepassant les médias traditionnels. De par la proximité qu’un commerçant crée avec ses habitués, on arrive à établir un dialogue constructif et, petit à petit, à ce que les fumeurs prennent conscience qu’il existe un choix efficace et peu coûteux entre fumer et arrêter à « sec » : la réduction des risques tabagiques qui se concentre aujourd’hui principalement sur la vape mais pas que.

 

Vapoteurs.net : Qu’entendez vous par la phrase « principalement sur la vape mais pas que » ?

Je parle aussi du tabac à chauffer et du Snus. Le tabac à chauffer est souvent décrié parce que venant de « Big Tobacco ». Cependant, il faut être réaliste et regarder les faits. Le tabac à chauffer est reconnu par un grand nombre de spécialistes, les mêmes que pour la vape, comme un outil à risques réduits. Le Dr Farsalinos en parlait sur Facebook lors d’un live et ça ne faisait absolument pas débat au GFN.

Malheureusement, dans sa forme actuelle, le tabac à chauffer est plutôt marginalisé dans l’arsenal français des outils à notre disposition : appareils perfectibles sur plusieurs plans et prix des consommables quasiment aussi élevé que les cigarettes.

Quant au Snus, c’est du tabac ou de la nicotine à diffuser. Cela se présente dans un petit sachet pas plus grand qu’un chewing-gum qui se positionne entre la gencive et la lèvre supérieure. C’est très discret et diablement efficace. La Suède a déjà achevé son but d’une société sans fumée en atteignant un taux de 5 % de fumeurs. Ce pays nordique présente en outre le taux de cancer du poumon le plus bas parmi les hommes en Europe ! Ce n’est pas le cas chez les femmes car, lorsqu’on regarde les statistiques d’un peu plus près, on voit que la population qui consomme du Snus est composée majoritairement d’hommes.

En voyant de tels chiffres, on ne peut ignorer l’impact du Snus, c’est une offre complémentaire dans les outils qui peuvent être offerts aux fumeurs. Je me bats depuis des mois aux côtés du mouvement #euforsnus pour légaliser le produit dans l’Union Européenne où le produit est banni (sauf en Suède donc). En novembre 2018, le mouvement était parvenu à aller devant la Cour Européenne de Justice pour lever le ban. Malheureusement, ce dernier a été maintenu. Pour ceux qui souhaitent rejoindre le mouvement, il existe un groupe européen Facebook avec lequel nous continuerons de promouvoir la légalisation du Snus en Europe.

Vapoteurs.net : Au vu des produits offerts, les entreprises du tabac étaient également présentes lors de ce salon ?

Oui, surtout les branches scientifiques de plusieurs entreprises du tabac qui ont principalement assisté aux différentes discussions. Il a été intéressant de parler avec eux sur le plan scientifique et d’échanger sur les recherches qu’ils ont déjà effectués.

Alors, oui, je peux comprendre la controverse qui existe notamment en France en opposant l’industrie de la vape à celle du tabac. Pourtant, si je me place strictement du côté du consommateur et donc du fumeur, je vois d’un bon œil l’arrivée de ces fonds financiers venant du tabac vers la vape. Je préfère largement voir ces fonds investis dans la réduction des risques, que ça soit en achetant ou en investissant dans des entreprises défendant la vape très efficacement comme Juul ou dans des recherches que seules ces sociétés ont la capacité de conduire à plusieurs niveaux : études épidémiologiques, toxicologie relative de tous les composés notamment les arômes ou encore lobbying auprès des gouvernements, mais dans le bon sens cette fois. Par exemple, en Nouvelle-Zélande qui vise un objectif de 5 % de fumeurs en 2025, Philip Morris a permis une grande avancée dans la lutte contre le tabagisme en légalisant le tabac à chauffer. Dans cette brèche, le Snus et la vape se sont introduits et ont permis d’avoir un horizon très optimiste vers une société sans fumée.

 

Vapoteurs.net : On pourrait donc faire confiance aux industries du tabac ?

Que ça soit bien clair, je ne suis pas un défenseur de « Big Tobacco » mais, en tant qu’intervenant public et défenseur de la réduction des risques tabagiques, je prends l’aide là d’où elle vient. Il est évident que la méfiance est de mise sur les informations divulguées par l’industrie du tabac. Après tout, qui ne se remémore pas les procès anti-trusts américains où tous les présidents des différentes compagnies de cigarettes niaient l’addiction créée par leurs produits ?

Ce qui est important, c’est que la parole et les actions restent libres. Jugeons le contenu de ce qui est rapporté avant tout que ça soit un article, une vidéo ou une étude. Seuls les faits comptent. Nous avons encore entre 12 et 14 millions de fumeurs en France, je ne pense avoir le luxe de choisir tel ou tel appui. Ce qui compte, c’est que les fumeurs soient informés des choix qui existent sur le marché : la vape principalement, peut-être le Snus demain et pourquoi pas le tabac à chauffer dans une version plus efficace et aboutie ?

Prenons l’exemple de Juul qui a reçu 12.8 milliards de dollars de la part d’Altria. Est-ce qu’à un seul moment Juul s’est détournée de sa mission de vouloir faire migrer les fumeurs sur son produit qui est un produit de la vape ? Non. Au contraire, ces fonds ont permis à cette société de se renforcer et d’accélérer le mouvement vers un monde sans fumée.

Il y a d’ailleurs eu toute une conférence sur ce sujet « funding matters » : il est bien plus important que la personne ou l’organisme ayant reçu les fonds soit transparent plutôt que la « propreté » de la source.

Marewa Glover a parfaitement présenté cela en montrant en images les origines de financement. Si cela provient de l’industrie du tabac, la source est considérée comme souillée. Si ça vient du gouvernement à travers des taxes réinvesties, cela viendrait du ciel ! Ce qui compte, quand on réfléchit avec pragmatisme, c’est que les sources existent et pas leur origine.

D’ailleurs, la source des fonds n’est pas garante d’une action menée pour le bénéfice des consommateurs ou même de la réduction des risques. Prenons l’exemple de l’action du mouvement « Truth and the Campaign for Tobacco Free Kids » aux États-Unis qui a été un des moteurs de l’interdiction de la vape à San Francisco et de celles à venir dans d’autres états américains.

 

Vapoteurs.net : Qu’as tu le plus apprécié durant ce GFN ?

Deux points cruciaux : les échanges avec autant de personnes passionnées par leur travail et le fait de sortir complètement de la vision franco/française pour mieux cerner le phénomène au niveau global :
– En parlant avec les activistes africains, on se rend un peu plus compte de la réalité des choses notamment au Malawi et au Nigeria
– Il y a eu l’Australie aussi où le Dr Attila Danko essaie de contourner l’interdiction de la vente des liquides contenant de la nicotine.
– Rebecca Ruwhiu-Collins travaille avec la population des Maoris en Nouvelle-Zélande en impliquant fortement sa communauté pour la démocratisation de la vape et en plaçant au centre des actions menées les consommateurs les valeurs des Maoris qui résonnent efficacement auprès des personnes visées. Preuve supplémentaire que la vape est une alternative du tabac fumé poussée par les consommateurs.
- Aux Etats-Unis et Royaume-Uni, plusieurs travaux ont été réalisés auprès des classes populaires qui fument le plus et qui ont donc le plus besoin qu’on s’adresse à elles.
– Avec James Dunworth co-fondateur de ecigarettedirect.co.uk, ça a été intéressant de voir les similitudes qu’on avait dans nos deux pays sur la nécessité d’informer correctement mais aussi d’appliquer des principes de base pour une plus grande efficacité dans la sortie du tabagisme : tirage serré, fort taux de nicotine.

Pour conclure, je pense qu’on ne pourra pas convaincre les gens à leur corps défendant. La connaissance ne peut pas être implémentée de force dans un cerveau, elle doit être absorbée de l’intérieur, avec l’assentiment de la personne. Avant de pouvoir construire une idée dans l’esprit de quelqu’un, vous avez besoin de sa permission, ce qui est somme toute bien normal.

Un des piliers de la réduction des risques, et pas seulement tabagiques, est « l’Enpowerment », littéralement le pouvoir de décider pour soi. Pour un fumeur, le chemin commence toujours avec la décision consciente d’essayer un produit à risques réduits. C’est à ce moment-là que toutes les expertises interviendront pour fournir les clefs de la réussite par l’information partagée.

Nous remercions Zhou Zhenyi pour sa participation à cet interview, retrouvez le sur son blog officiel. Pour en savoir plus sur la dernière édition du Global Forum On Nicotine, nous vous invitons à consulter notre article complet sur le sujet.

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A propos de l'auteur

Rédacteur en chef de Vapoteurs.net, le site de référence sur l'actualité de la vape. Engagé dans le monde de la vape depuis 2014, je travaille chaque jour pour que tous les vapoteurs et les fumeurs soient informés.

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