La Belgique vient de franchir une nouvelle étape dans l’encadrement de la cigarette électronique. Le 1er mai 2026, le gouvernement fédéral a approuvé une mesure interdisant la quasi-totalité des arômes d’e-liquides. À l’exception du goût tabac et d’un arôme dit « neutre », toutes les saveurs — fruitées, sucrées, mentholées, gourmandes — seront proscrites à compter du 1er septembre 2028.
Un calendrier étalé jusqu’en 2028
Le gouvernement a délibérément laissé un délai de plus de deux ans avant l’entrée en vigueur. Ce sursis doit permettre de respecter la procédure de notification auprès de la Commission européenne — obligatoire pour toute règle nationale plus stricte que la directive sur les produits du tabac (TPD) — mais aussi de laisser aux commerçants le temps d’écouler leurs stocks et à la filière de s’adapter.
Concrètement, après septembre 2028, un vapoteur belge ne pourra plus se procurer légalement un e-liquide « fruits rouges » ou « vanille-custard » dans le pays. Seuls subsisteront le profil tabac et un arôme neutre encore à définir précisément par les autorités.
Protéger les jeunes, l’argument central
La justification avancée est sanitaire et tournée vers la jeunesse. Selon les chiffres relayés par le gouvernement, plus d’un jeune Belge sur trois âgé de 15 à 20 ans a déjà essayé la cigarette électronique. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke et le Conseil supérieur de la Santé plaident depuis plusieurs années pour un encadrement bien plus strict des arômes, considérés comme un moteur majeur de l’initiation au vapotage chez les adolescents.
Cet argumentaire rejoint les positions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la European Public Health Association (EUPHA), qui recommandent une interdiction générale de toutes les saveurs autres que le tabac dans les produits nicotinés. Ces organisations s’appuient sur des travaux montrant que la neutralisation des arômes et la simplification des emballages réduisent fortement l’attrait des produits pour les plus jeunes.
Une étape de plus dans le durcissement belge
La décision ne sort pas de nulle part. Depuis le 1er janvier 2025, les cigarettes électroniques jetables (puffs) sont déjà interdites en Belgique, et la vente en ligne de produits de vapotage y est proscrite. Les détaillants doivent en outre se conformer aux exigences d’enregistrement et de notification via le portail européen TPD, y compris pour les e-liquides sans nicotine.
Le pays s’inspire aussi de ses voisins. Les Pays-Bas ont déjà adopté l’une des réglementations les plus restrictives d’Europe sur les arômes, en limitant drastiquement la liste des ingrédients autorisés et en bannissant les saveurs évoquant les bonbons, les boissons ou les fruits.
Bruxelles prépare sa propre réforme
L’initiative belge intervient alors que l’Union européenne rouvre l’ensemble de son cadre. Le 2 avril 2026, la Commission européenne a publié une évaluation complète de sa politique de lutte contre le tabac, pointant les lacunes face à l’essor des nouveaux produits nicotinés. Dans la foulée, elle a lancé en mai 2026 des consultations publiques — ouvertes jusqu’au 14 août — en vue d’une révision de la TPD et de la directive sur la publicité du tabac, avec la question des arômes explicitement au cœur des débats.
En adoptant une mesure aussi tranchée dès maintenant, la Belgique envoie un signal politique fort, susceptible de peser sur les arbitrages européens à venir.
Détaillants et industrie en désaccord
La mesure est loin de faire l’unanimité. Les organisations de détaillants et une partie de la filière dénoncent un risque d’effet rebond : pousser une partie des vapoteurs vers le marché illicite ou, pire, vers la cigarette classique. Ils estiment aussi que l’interdiction pénalise les fumeurs adultes qui utilisent les arômes comme aide au sevrage, et soulignent les coûts pour les petits commerces ainsi que le risque d’achats transfrontaliers dans les pays voisins sans restriction équivalente.
Ce débat — protection de la jeunesse d’un côté, réduction des risques pour les fumeurs adultes de l’autre — résume à lui seul la tension qui traverse aujourd’hui toute la régulation du vapotage en Europe. La réponse définitive de Bruxelles, attendue d’ici la fin 2026, pèsera lourd dans la balance.






