Un report surprise à quelques heures de l’échéance
Le 7 août 2026, date à laquelle la nouvelle réglementation costaricienne sur les cigarettes électroniques devait officiellement entrer en vigueur, les autorités ont annoncé un report in extremis. Selon le Tico Times, principal média anglophone du pays, la décision a pris de court aussi bien les professionnels du secteur que les associations de santé publique qui attendaient ce texte depuis plusieurs mois.
Les raisons officielles du report n’ont pas été communiquées avec précision au moment de la publication, mais des sources proches du dossier évoquent des difficultés d’application pratique — notamment sur les mécanismes de contrôle aux frontières et dans les points de vente — ainsi que des pressions de dernière minute de la part de distributeurs locaux.
Un pays à la croisée des chemins réglementaires
Le Costa Rica occupe une position particulière en Amérique centrale sur la question de la vape. Longtemps dans un vide juridique qui permettait une commercialisation relativement libre des cigarettes électroniques, le pays avait amorcé en 2025 un processus de mise en conformité avec les standards de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS/PAHO), qui préconise un encadrement strict des produits du tabac et assimilés.
Le texte dont l’entrée en vigueur a été reportée prévoyait notamment des restrictions sur les arômes, un encadrement de la publicité et des règles de conditionnement plus strictes — un ensemble de mesures inspiré à la fois de la directive européenne TPD et des recommandations de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT).
L’Amérique latine, laboratoire réglementaire chaotique
Ce report costaricien illustre une tendance plus large : l’instabilité réglementaire chronique qui caractérise le traitement de la vape en Amérique latine. La région présente un tableau contrasté :
- Le Brésil a longtemps maintenu une interdiction totale de la vape, avant d’amorcer en 2024 une ouverture encadrée sous l’égide de l’ANVISA, l’agence sanitaire fédérale.
- La Colombie et le Mexique ont adopté des approches intermédiaires, avec des réglementations partielles souvent mal appliquées.
- L’Argentine et le Chili naviguent entre interdictions locales et tolérance de fait au niveau national.
Dans ce contexte, le Costa Rica faisait figure de bon élève potentiel, avec un processus législatif structuré. Le report de l’entrée en vigueur fragilise cette image et soulève des questions sur la capacité institutionnelle des États de la région à réguler efficacement un marché en pleine expansion.
Les enjeux pour le marché régional
L’incertitude réglementaire a des conséquences directes sur les acteurs économiques. Les importateurs et distributeurs locaux, qui avaient anticipé le texte en adaptant leurs gammes et leurs pratiques commerciales, se retrouvent dans une situation de flou juridique inconfortable. Les investissements réalisés pour se mettre en conformité — formation des équipes, adaptation des emballages, mise en place de systèmes de vérification de l’âge — sont pour l’instant en suspens.
Pour les fabricants internationaux qui regardent l’Amérique latine comme un marché de croissance, cet épisode rappelle que la prévisibilité réglementaire reste le principal obstacle à un développement serein dans la région. Tant que les cadres juridiques restent aussi volatils, les stratégies d’entrée sur ces marchés comportent un risque politique significatif.
Un signal pour les instances internationales
Le report costaricien intervient alors que l’OMS et ses partenaires régionaux intensifient leur pression sur les gouvernements d’Amérique latine pour qu’ils adoptent des réglementations strictes sur la vape. La prochaine Conférence des Parties à la CCLAT sera l’occasion pour ces instances de faire le bilan des avancées — et des reculs — dans la région. Le Costa Rica, qui se présentait comme un modèle de bonne gouvernance sanitaire, devra expliquer ce faux départ.




