Un retour annoncé dès janvier 2026
Fin janvier 2026, Le Monde alertait déjà : la taxe sur le vapotage, rejetée par le Sénat lors du débat budgétaire précédent, n’avait pas dit son dernier mot. Selon les informations du quotidien, le gouvernement envisageait sérieusement de la remettre sur la table à l’occasion du projet de loi de finances pour 2027, dont l’examen parlementaire débute traditionnellement à l’automne. Plusieurs mois plus tard, le contexte budgétaire français n’a pas fondamentalement changé — et les pressions sur les recettes fiscales non plus.
Pour la filière vape française, qui avait soufflé après le rejet sénatorial, la perspective d’un nouveau round parlementaire est une source d’inquiétude réelle. Les professionnels du secteur redoutent qu’une taxation mal calibrée ne fragilise un marché encore en structuration, sans pour autant atteindre les objectifs de santé publique affichés.
Pourquoi la taxe revient sur le devant de la scène
La logique budgétaire est simple : la vape représente un marché en croissance, avec des millions de consommateurs réguliers en France, et les recettes fiscales potentielles sont jugées significatives par Bercy. L’argument de santé publique est également mobilisé : taxer les produits du vapotage permettrait, selon ses partisans, de décourager l’initiation — notamment chez les jeunes — tout en finançant des programmes de prévention.
Mais les opposants à cette mesure, dont les associations de vapoteurs et une partie des professionnels de santé spécialisés dans le sevrage tabagique, font valoir un contre-argument de poids : une taxe trop élevée risque de rendre la vape moins compétitive face à la cigarette combustible, poussant certains ex-fumeurs à reprendre le tabac. L’Anses elle-même, dans son avis de février 2026, reconnaissait que la vape peut constituer un outil de sortie du tabac avec un risque réduit par rapport à la cigarette — un argument que les défenseurs de la filière ne manqueront pas de rappeler lors des débats parlementaires.
Le précédent européen comme toile de fond
La France n’est pas seule à débattre de la fiscalité de la vape. La Commission européenne a publié en avril 2026 son rapport d’évaluation de la directive tabac (TPD), un document qui ouvre la voie à une révision des règles européennes sur les produits du vapotage — y compris potentiellement leur régime fiscal. Dans ce contexte, une taxe française unilatérale pourrait être perçue comme un signal précurseur, ou au contraire comme une mesure isolée susceptible d’être harmonisée (à la hausse ou à la baisse) lors de la prochaine révision de la TPD.
Par ailleurs, plusieurs pays européens — dont la Belgique, qui envisage d’interdire les arômes, et l’Allemagne, qui prépare l’interdiction des puffs jetables — durcissent simultanément leur approche réglementaire. La France pourrait s’inscrire dans cette dynamique continentale, ou choisir une voie plus nuancée, davantage axée sur la réduction des risques.
Ce que la filière redoute concrètement
Les professionnels français du vapotage craignent avant tout une taxe ad valorem (proportionnelle au prix) ou volumétrique (par millilitre d’e-liquide) qui ne distinguerait pas les produits selon leur teneur en nicotine ou leur profil de risque. Une telle approche pénaliserait indistinctement les vapoteurs qui ont arrêté de fumer grâce à la vape et ceux qui n’ont jamais fumé.
Ils plaident pour un cadre fiscal différencié, qui tiendrait compte de la fonction de réduction des risques de la vape, à l’image de ce qui existe au Royaume-Uni — où le gouvernement a longtemps maintenu une fiscalité favorable à la vape par rapport au tabac combustible, avant de réviser sa position récemment.
Un automne sous haute tension
Les prochains mois seront décisifs. Le dépôt du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale, prévu à l’automne 2026, sera le moment clé. Les associations professionnelles et les défenseurs de la réduction des risques tabagiques ont d’ores et déjà commencé à préparer leurs arguments. La bataille parlementaire s’annonce serrée, dans un contexte où la pression fiscale sur les produits du tabac et du vapotage est à la fois une nécessité budgétaire et un enjeu de santé publique majeur pour des millions de Français.




