Des chiffres qui contredisent le discours dominant
Les résultats de la National Youth Tobacco Survey (NYTS) 2026, publiés fin juillet par la FDA et les CDC, livrent un enseignement inattendu : le taux de vapotage chez les jeunes américains a chuté de 74 % par rapport au pic enregistré en 2019. Une donnée qui bouscule frontalement le récit d’une « épidémie de vape » chez les mineurs, leitmotiv des débats réglementaires aux États-Unis depuis plusieurs années.
En 2019, environ 27,5 % des lycéens américains déclaraient avoir vapoté au cours du mois précédent. Les chiffres 2026 ramènent ce taux à un niveau nettement inférieur, signalant une tendance de fond qui dépasse la simple fluctuation annuelle.
Pourquoi cette baisse ?
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette évolution :
- Le renforcement de la réglementation fédérale : depuis 2020, la FDA a intensifié les procédures d’autorisation de mise sur le marché (PMTA), retirant de nombreux produits aromatisés du marché légal ;
- L’interdiction des puffs jetables non autorisées et les actions d’enforcement contre les produits illicites ;
- Les campagnes de prévention menées dans les établissements scolaires ;
- L’évolution des comportements : la vape, perçue comme « tendance » au tournant des années 2020, aurait perdu de son attrait auprès des nouvelles générations.
Un signal qui devrait peser dans les débats réglementaires
Cette baisse spectaculaire intervient à un moment charnière : plusieurs États américains ont adopté ou envisagent des lois très restrictives sur la vape, souvent justifiées par l’urgence de protéger les jeunes. La Caroline du Nord vient ainsi d’adopter une nouvelle loi ciblant les vape shops, tandis que Hawaii a interdit les vapes jetables à horizon 2027.
Si les données NYTS 2026 confirment que les mesures déjà en place produisent des effets, elles posent aussi une question légitime : faut-il aller encore plus loin au risque de pénaliser les adultes fumeurs qui utilisent la vape comme outil de sevrage, ou les résultats actuels justifient-ils une approche plus nuancée ?
Des chercheurs en réduction des risques soulignent que la chute du vapotage chez les jeunes s’est produite sans interdiction totale des arômes au niveau fédéral — ce qui affaiblit l’argument selon lequel seule une prohibition complète des saveurs permettrait de protéger les mineurs.
La FDA dans le viseur malgré tout
Paradoxalement, ces bons chiffres n’ont pas mis fin aux pressions judiciaires contre la FDA. Des associations de santé publique ont déposé des recours en juillet 2026 pour contester la politique de l’agence sur les vapes aromatisées, estimant qu’elle a autorisé trop de produits sans garanties suffisantes. La FDA est ainsi attaquée simultanément par des industriels qui jugent ses exigences trop lourdes et par des organisations qui les trouvent insuffisantes.
Ce que ces données signifient pour l’Europe
En Europe, où plusieurs pays débattent de restrictions sur les arômes et d’une taxation accrue des e-liquides, les chiffres américains méritent attention. Ils suggèrent qu’une combinaison de réglementation ciblée, d’enforcement et de prévention peut produire des résultats significatifs — sans nécessairement passer par une interdiction totale qui risquerait de faire basculer les adultes vers le tabac combustible.
La France, qui doit remettre la question de la taxe sur les e-liquides sur la table à l’automne 2026, aura tout intérêt à intégrer ces données dans ses arbitrages.




