L’UKVIA sort de ses gonds
Le Royaume-Uni traverse une période de turbulences réglementaires pour la filière vape, et les tensions viennent de franchir un nouveau palier. L’UK Vaping Industry Association (UKVIA), principal lobby sectoriel britannique, a publié le 27 juillet 2026 une déclaration officielle accusant le gouvernement de « diaboliser » les vape shops — ces commerces de proximité qui constituent l’épine dorsale de la distribution de cigarettes électroniques outre-Manche.
La cible des critiques est clairement identifiée : l’équipe gouvernementale associée à Andy Burnham, figure travailliste et ancien secrétaire d’État à la Santé, dont l’approche réglementaire est jugée hostile par les professionnels du secteur.
Un contexte législatif sous haute tension
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement chargé. Le Tobacco and Vapes Bill, projet de loi phare du gouvernement Starmer, progresse au Parlement britannique et prévoit des restrictions significatives sur les arômes, le packaging et la publicité pour les produits de vapotage. Si l’objectif affiché est de protéger les jeunes de la dépendance à la nicotine, les professionnels du secteur estiment que les mesures envisagées menacent directement la viabilité économique des vape shops indépendants.
L’UKVIA soutient que ces commerces jouent un rôle de santé publique en accompagnant les fumeurs vers le sevrage tabagique, et que les amalgames entre vape récréative et tabac classique nuisent à leur image sans justification scientifique solide.
La rhétorique de la « diabolisation » : un argument stratégique
En choisissant le terme « demonizing » — diaboliser —, l’UKVIA adopte une posture défensive mais offensive sur le terrain de la communication. L’association entend rappeler que les vape shops ne sont pas des marchands de dépendance, mais des acteurs de réduction des risques reconnus par des institutions comme le National Health Service (NHS) et Public Health England, qui ont historiquement soutenu la vape comme outil de sevrage.
Cette rhétorique n’est pas nouvelle, mais elle prend une résonance particulière alors que le Royaume-Uni, longtemps cité en exemple pour son approche pragmatique de la vape, semble opérer un virage vers plus de restriction. La question de la définition légale d’un « vape shop » — déjà débattue dans les mois précédents — illustre à quel point le cadre réglementaire reste flou et potentiellement défavorable aux petits commerces.
Des enjeux économiques et de santé publique entremêlés
Le débat britannique cristallise une tension fondamentale que l’on retrouve dans toute l’Europe : comment réguler la vape sans détruire un secteur qui, selon ses défenseurs, contribue à réduire le tabagisme ? Au Royaume-Uni, on estime à plusieurs milliers le nombre de vape shops indépendants, employant des dizaines de milliers de personnes et servant une clientèle majoritairement composée d’ex-fumeurs.
L’UKVIA appelle le gouvernement à distinguer clairement la lutte contre le vapotage des mineurs — objectif partagé par l’ensemble de la filière — de la stigmatisation généralisée d’un secteur légal et régulé. Une distinction que les autorités semblent, selon l’association, de moins en moins enclines à opérer.
Un signal pour l’Europe continentale
La situation britannique est scrutée de près par les acteurs européens. Alors que douze États membres de l’UE ont récemment réclamé une interdiction des arômes à Bruxelles, et que la Commission européenne a proposé une accise minimale sur les e-liquides, le modèle réglementaire qui émergera au Royaume-Uni — malgré le Brexit — continuera d’influencer les débats sur le continent. La réaction de l’UKVIA illustre que la filière vape européenne n’entend pas se laisser marginaliser sans répondre sur le terrain politique et médiatique.




