Une interdiction parmi les plus strictes au monde
Depuis janvier 2026, le Mexique applique l’une des législations les plus restrictives de la planète en matière de cigarette électronique. L’importation, la vente et la distribution de produits de vapotage sont désormais quasi-totalement interdites sur le territoire mexicain, dans le prolongement d’un décret présidentiel adopté sous l’administration précédente et maintenu par le gouvernement actuel. Six mois après l’entrée en vigueur effective de ces mesures, il est possible d’esquisser un premier bilan — et les enseignements sont instructifs pour le reste du monde.
Les origines d’une politique de tolérance zéro
Le Mexique n’a pas basculé du jour au lendemain dans cette posture prohibitionniste. Dès 2020, un décret présidentiel avait interdit l’importation de cigarettes électroniques, invoquant des risques sanitaires et la protection de la jeunesse. Cette mesure avait toutefois été contournée massivement : le marché informel avait explosé, alimenté par des importations via des réseaux parallèles, notamment en provenance de Chine.
Face à l’inefficacité partielle de ce premier dispositif, les autorités mexicaines ont durci l’arsenal juridique début 2026, en étendant l’interdiction à la vente locale et en renforçant les sanctions pour les distributeurs et détaillants.
Un marché gris qui prospère malgré les interdictions
Le paradoxe mexicain illustre une dynamique bien documentée dans d’autres contextes prohibitionnistes : interdire ne fait pas disparaître la demande. Les observateurs et associations de vapoteurs locaux signalent que les produits de vape — notamment les puffs jetables de marques chinoises — continuent de circuler abondamment, vendus sous le manteau dans des épiceries, via des réseaux sociaux ou lors de transactions informelles.
Ce marché parallèle présente des risques supplémentaires par rapport à un marché régulé :
- Absence de contrôle qualité sur les e-liquides (teneurs en nicotine, métaux lourds, contaminants)
- Impossibilité de traçabilité en cas d’incident sanitaire
- Perte de recettes fiscales pour l’État
- Exposition accrue des mineurs, paradoxalement, puisque les canaux informels ne vérifient pas l’âge des acheteurs
Les fumeurs mexicains face à un vide d’alternatives
La question de la réduction des risques est au cœur des critiques formulées par les experts de santé publique qui s’opposent à cette approche prohibitionniste. Le Mexique compte plusieurs millions de fumeurs actifs. En supprimant l’accès légal aux cigarettes électroniques — outils de substitution imparfaits mais reconnus comme moins nocifs que le tabac combustible dans de nombreuses études — les autorités privent une partie de ces fumeurs d’une voie de sortie potentielle.
Certains défenseurs de la réduction des risques tabagiques (THR) soulignent que cette politique revient, en pratique, à protéger le marché de la cigarette classique en éliminant sa principale concurrente légale.
Un cas d’école pour le débat réglementaire mondial
L’expérience mexicaine est scrutée avec attention par les décideurs d’autres pays envisageant des restrictions similaires. Elle rejoint un ensemble de cas — Thaïlande, Inde, Brésil — où l’interdiction totale n’a pas entraîné la disparition du vapotage mais son déplacement vers des circuits non contrôlés.
À l’inverse, des pays comme le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande ont fait le choix d’une régulation encadrée, avec des résultats jugés plus probants sur la réduction du tabagisme. Le débat entre prohibition et régulation reste ouvert — mais le bilan mexicain apporte de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour une troisième voie : réguler plutôt qu’interdire.

