Des batteries qui brûlent, une ville qui réagit
Au Royaume-Uni, la ville de Norwich a franchi un pas concret dans la gestion des déchets issus des cigarettes électroniques. Face à une recrudescence d’incendies causés par des batteries lithium-ion de vapes mal recyclées, le conseil municipal a approuvé la mise en place d’un système de consigne sur les appareils de vapotage. L’initiative, adoptée début juillet 2026, vise à inciter les utilisateurs à rapporter leurs dispositifs usagés en échange d’un remboursement partiel, plutôt que de les jeter dans les ordures ménagères ou, pire, dans la nature.
Le problème des batteries lithium-ion mal éliminées
Les batteries lithium-ion contenues dans les cigarettes électroniques — et en particulier dans les modèles jetables — sont à l’origine d’un nombre croissant d’incidents dans les centres de tri et les camions de collecte des ordures. Au Royaume-Uni, les pompiers ont régulièrement alerté sur ce phénomène : une batterie endommagée ou court-circuitée peut provoquer un incendie violent, difficile à maîtriser. Selon les données des services d’incendie britanniques, les batteries lithium-ion sont désormais impliquées dans une proportion significative des feux de véhicules de collecte et d’entrepôts de déchets.
La situation s’est aggravée avec l’explosion du marché des puffs jetables ces dernières années, avant que le Royaume-Uni n’en interdise la vente en 2025. Mais des millions d’appareils continuent de circuler, et leur fin de vie pose un défi logistique et sécuritaire réel.
La consigne : un modèle éprouvé appliqué à la vape
Le principe de la consigne est simple et bien rodé dans d’autres secteurs — bouteilles en verre, canettes, piles. Appliqué aux cigarettes électroniques, il consiste à facturer un montant supplémentaire à l’achat de l’appareil, remboursé lors du retour en point de collecte agréé. Ce mécanisme crée une incitation financière directe au recyclage, sans contraindre l’utilisateur par la réglementation.
Le conseil municipal de Norwich a jugé ce modèle adapté à la réalité locale, où les points de collecte spécialisés restent insuffisants et où la sensibilisation des consommateurs aux risques du mauvais recyclage des batteries demeure limitée. L’initiative s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion au Royaume-Uni sur la responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les produits électroniques à courte durée de vie.
Un signal pour l’ensemble de la filière
Au-delà de Norwich, cette décision illustre une tendance de fond : après l’interdiction des puffs jetables, les autorités britanniques cherchent à gérer l’héritage environnemental et sécuritaire de ces produits. La question du recyclage des vapes — jetables ou rechargeables — commence à s’inviter dans les agendas municipaux et nationaux, y compris en Europe continentale.
En France, la réglementation impose depuis 2023 aux distributeurs de reprendre les appareils usagés, mais l’application reste inégale et peu contrôlée. En Allemagne, où l’interdiction des puffs est attendue fin 2026, la question du traitement des stocks existants et des appareils en circulation se posera inévitablement dans les mêmes termes.
Vers une responsabilité accrue des fabricants ?
La démarche de Norwich soulève une question plus large : qui doit financer et organiser la collecte des vapes usagées ? Les fabricants, les distributeurs, les collectivités ou les consommateurs ? Dans le cadre de la révision de la directive européenne sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les cigarettes électroniques font l’objet d’une attention croissante. Certains États membres plaident pour que les producteurs soient tenus de financer des filières de collecte dédiées, sur le modèle de ce qui existe pour les téléphones portables ou les piles.
L’expérience de Norwich, à petite échelle, pourrait ainsi servir de laboratoire pour des politiques plus ambitieuses. La consigne n’est pas une solution miracle, mais elle constitue un outil pragmatique pour réduire les risques immédiats tout en attendant un cadre réglementaire plus structuré.




