Un sondage qui interpelle le débat réglementaire
Selon un sondage publié fin mai 2026 et relayé simultanément par RMC, TF1 Info et Le Parisien, 70 % des Français se déclarent favorables à l’interdiction du vapotage dans les zones non-fumeurs. Un chiffre qui dépasse largement les clivages habituels et qui tombe dans un contexte où la Commission européenne pousse précisément les États membres à élargir les restrictions de vapotage aux espaces extérieurs.
Ce résultat traduit une évolution notable de la perception sociale de la cigarette électronique en France. Longtemps perçue comme un outil de réduction des risques discret et socialement accepté, la vape semble désormais associée, dans l’esprit d’une large partie de la population, à une pratique visible et potentiellement gênante dans l’espace partagé.
La « glamourisation » pointée du doigt
Dans les commentaires recueillis par RMC, plusieurs intervenants évoquent une « glamourisation » du vapotage, notamment chez les jeunes. L’image de nuages de vapeur colorés, les arômes sucrés et les designs soignés des appareils modernes auraient contribué à normaliser — voire à valoriser — l’usage de la cigarette électronique dans des contextes où fumer une cigarette classique serait perçu comme mal venu.
Cette perception rejoint les préoccupations exprimées par les autorités sanitaires françaises : Santé publique France rappelait en 2024 que 7,9 % des 18-79 ans déclaraient vapoter, dont 6,1 % quotidiennement. Une prévalence qui, si elle reste inférieure à celle du tabagisme combustible, est jugée préoccupante lorsqu’elle concerne des non-fumeurs ou des jeunes adultes.
Une pression réglementaire européenne en toile de fond
Le sondage intervient alors que la Commission européenne a récemment recommandé d’actualiser sa recommandation sur les environnements sans tabac pour y intégrer explicitement le vapotage. L’objectif affiché : harmoniser les règles à l’échelle de l’Union et éviter que la vape ne colonise des espaces d’où le tabac a été banni de longue date — terrasses, parcs, abords d’écoles.
En parallèle, une proposition de révision de la directive sur les accises tabac-nicotine a été dévoilée le 16 juillet 2025, avec pour ambition d’utiliser la fiscalité comme levier de santé publique. La France, qui a déjà interdit les puffs depuis 2024 et débat d’une taxe sur les e-liquides, se retrouve donc à la confluence de plusieurs dynamiques convergentes.
Ce que cela signifie pour la filière vape
Pour les professionnels du secteur, ces chiffres constituent un signal d’alarme. Une opinion publique aussi nettement favorable à des restrictions supplémentaires offre une base politique solide à tout gouvernement souhaitant légiférer rapidement, sans craindre une impopularité majeure.
La question n’est plus de savoir si des restrictions sur le vapotage en extérieur ou dans les zones non-fumeurs seront adoptées en France, mais quand et selon quelles modalités. Les acteurs de la réduction des risques tabagiques devront redoubler d’efforts pédagogiques pour distinguer, dans le débat public, l’usage thérapeutique ou de substitution de la vape récréative qui alimente ces craintes.
Un débat qui dépasse les frontières françaises
La tendance observée en France n’est pas isolée. De nombreux pays européens — Belgique, Royaume-Uni, pays nordiques — ont déjà durci ou envisagent de durcir leurs règles sur le vapotage dans les espaces publics. La Malaisie, confrontée à des usages détournés, réclame même une interdiction totale. Dans ce contexte global, la France semble suivre une trajectoire réglementaire qui, portée par l’opinion publique, pourrait aboutir à des mesures concrètes dès 2026 ou 2027.

