Une décision fiscale aux répercussions mondiales
Pékin vient de prendre une décision qui va résonner bien au-delà de ses frontières. La Chine a annoncé la suppression des remboursements de TVA à l’exportation pour les dispositifs de vapotage, la nicotine, les sels de nicotine et les produits d’inhalation, avec une entrée en vigueur fixée au 1er avril 2027. L’information, relayée par Tobacco Reporter, constitue un signal fort de la politique industrielle et fiscale chinoise vis-à-vis d’un secteur qu’elle domine pourtant à l’échelle planétaire.
Jusqu’à présent, les fabricants chinois bénéficiaient de remboursements de TVA sur leurs exportations — un mécanisme classique de soutien à la compétitivité des industries exportatrices. Sa suppression pour la filière vape représente une hausse de coût structurelle pour les producteurs, qui devront soit absorber la différence, soit la répercuter sur leurs clients étrangers.
Qui fabrique la vape mondiale ?
Pour comprendre l’ampleur de cette mesure, il faut rappeler un fait structurel : la Chine produit l’écrasante majorité des cigarettes électroniques vendues dans le monde. Des géants comme Shenzhen Smoore (Vaporesso), Shenzhen Innokin, ou encore les fabricants de puffs jetables qui ont inondé les marchés européens et américains ces dernières années, sont tous basés en Chine continentale, principalement dans la région de Shenzhen et du Guangdong.
La suppression des remboursements de TVA à l’export va donc mécaniquement renchérir le coût de production des appareils destinés aux marchés internationaux. Les estimations varient selon les produits, mais l’impact pourrait représenter plusieurs points de pourcentage sur le prix de revient, une pression non négligeable dans un secteur où les marges sont déjà sous tension.
Quels marchés seront les plus touchés ?
L’Europe et les États-Unis, principaux importateurs de matériel vape chinois, seront en première ligne. Pour les distributeurs et détaillants européens, cette mesure pourrait se traduire par une hausse des prix d’achat dès le printemps 2027, avec des répercussions potentielles sur les prix de vente au consommateur.
Les marchés émergents d’Asie du Sud-Est, d’Afrique et d’Amérique latine — où la vape chinoise est également très présente — pourraient également subir des effets similaires. À l’inverse, les fabricants qui ont déjà diversifié leur production hors de Chine (notamment vers la Malaisie ou les Philippines) pourraient tirer parti de cette nouvelle donne concurrentielle.
Un signal politique autant que fiscal
Au-delà de l’impact économique immédiat, cette décision envoie un message politique. La Chine, qui a par ailleurs durci sa propre réglementation intérieure sur la vape ces dernières années (interdiction des arômes fruités sur le marché domestique en 2022, renforcement des contrôles), semble vouloir rééquilibrer les conditions de concurrence entre son marché intérieur et ses exportations.
Certains analystes y voient aussi une réponse aux pressions internationales sur le dumping fiscal dont bénéficiaient les exportateurs chinois de vape, notamment dans le contexte des tensions commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne.
Ce que cela change pour la filière
Pour les acteurs de la distribution en Europe, la date du 1er avril 2027 laisse un peu moins d’un an et demi pour anticiper. Les stratégies possibles incluent :
- Négocier les contrats d’approvisionnement avant l’entrée en vigueur de la mesure
- Diversifier les sources vers des fabricants hors Chine
- Répercuter la hausse sur les prix de vente, au risque de peser sur la demande
Une chose est certaine : cette décision fiscale chinoise va redistribuer les cartes d’un marché mondial de la vape déjà sous forte pression réglementaire des deux côtés de l’Atlantique.




