Une décision inédite dans la région
Le Guyana vient de franchir un cap réglementaire que nul autre État des Caraïbes n’avait encore osé franchir : le pays a décidé de bloquer les importations de produits de vapotage sur son territoire. Cette mesure, rapportée par Bloomberg et le Caribbean National Weekly, fait du Guyana le premier pays de la région caribéenne à adopter une telle restriction sur les e-cigarettes.
La décision s’inscrit dans un mouvement mondial d’accélération des réglementations sur la vape, qui touche désormais des zones géographiques jusqu’ici peu concernées par ces débats — l’Amérique latine et les Caraïbes en tête.
La protection des jeunes, argument central
Les autorités guyanaises ont justifié cette mesure par des préoccupations de santé publique, en particulier l’usage croissant des cigarettes électroniques chez les jeunes. Cet argument, devenu un standard dans les discours réglementaires à travers le monde, prend une résonance particulière dans un pays où les ressources de santé publique sont limitées et où la capacité à surveiller et réguler un marché de produits importés reste contrainte.
En bloquant les importations plutôt qu’en se contentant d’encadrer la vente, Georgetown opte pour une approche radicale qui coupe le problème à la source : sans produits importés légalement, le marché formel est censé se tarir. Une logique similaire à celle adoptée par des pays comme l’Australie ou la Thaïlande, bien que ces derniers aient opté pour des interdictions totales plutôt que de simples restrictions à l’importation.
Un signal pour toute la région caribéenne
La portée symbolique de cette décision dépasse les frontières du Guyana. Les Caraïbes constituent un marché émergent pour les fabricants de cigarettes électroniques, notamment ceux d’origine asiatique qui cherchent à diversifier leurs débouchés face aux restrictions croissantes en Europe et en Amérique du Nord.
Si d’autres États de la région — Jamaïque, Trinidad-et-Tobago, Barbade, ou encore les territoires français d’outre-mer — venaient à s’inspirer de l’exemple guyanais, cela pourrait significativement réduire les perspectives d’expansion du marché caribéen pour l’industrie de la vape.
Les organisations régionales de santé publique, notamment le Pan American Health Organization (PAHO), suivent de près ces évolutions et ont régulièrement appelé les gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes à renforcer leurs cadres réglementaires sur les produits de nicotine alternatifs.
Le risque du marché noir
L’expérience d’autres pays ayant opté pour des interdictions strictes invite toutefois à la prudence. En Australie et en Thaïlande, des études ont montré que les interdictions totales ou quasi-totales n’ont pas fait disparaître la vape, mais ont simplement déplacé la demande vers des circuits illicites, souvent moins contrôlés et potentiellement plus dangereux pour les consommateurs.
Le Guyana, dont les frontières terrestres et maritimes sont difficiles à surveiller exhaustivement, pourrait faire face à un défi similaire. La question de l’effectivité de la mesure — et de sa capacité à réellement protéger les jeunes plutôt qu’à les exposer à des produits de contrebande sans aucune traçabilité — se posera inévitablement dans les mois à venir.
Une vague réglementaire qui s’accélère
La décision du Guyana illustre une tendance de fond : la réglementation de la vape n’est plus l’apanage des seuls pays occidentaux développés. De l’Asie centrale à l’Amérique du Sud, en passant par l’Afrique et désormais les Caraïbes, les gouvernements du monde entier cherchent à encadrer — voire à interdire — les produits de vapotage, avec des approches et des justifications variées.
Cette mondialisation du débat réglementaire sur la vape complique la tâche des fabricants internationaux, qui doivent désormais naviguer dans un patchwork de règles de plus en plus hétérogènes d’un pays à l’autre.




