Des milliers d’objections générées par intelligence artificielle
Une révélation troublante secoue le monde de la politique vape au Royaume-Uni. Selon des recherches publiées fin octobre 2026 et relayées par The Guardian, The Independent et The Telegraph, la consultation gouvernementale britannique de 2023 portant sur l’interdiction des cigarettes électroniques jetables aurait été massivement ciblée par des bots utilisant l’intelligence artificielle. Des milliers de réponses automatisées auraient été soumises dans le but d’influencer le résultat de cette procédure démocratique.
Les chercheurs à l’origine de l’étude décrivent une opération coordonnée — qualifiée de véritable « campagne » par The Telegraph — visant à submerger les services gouvernementaux d’objections formulées par IA, rendant difficile la distinction entre contributions citoyennes authentiques et réponses générées automatiquement. L’ampleur du phénomène est inédite dans le domaine de la réglementation vape.
Comment fonctionne cette manipulation des consultations publiques
Les consultations publiques sont un pilier des processus législatifs britanniques : elles permettent aux citoyens, aux professionnels et aux associations de faire valoir leur point de vue avant l’adoption d’une loi. Mais l’essor des grands modèles de langage (LLM) a ouvert une brèche : il est désormais possible de générer en quelques secondes des centaines de réponses cohérentes, personnalisées et difficiles à identifier comme non-humaines.
Dans le cas de la consultation sur les vapes jetables, les objections générées par IA auraient majoritairement plaidé contre l’interdiction, selon les éléments publiés. L’étude ne désigne pas explicitement un commanditaire, mais pointe une organisation délibérée plutôt qu’une action spontanée d’individus isolés.
Une consultation qui a précédé une loi historique
La consultation de 2023 avait été lancée par le gouvernement conservateur de l’époque pour évaluer l’opportunité d’interdire les cigarettes électroniques jetables, notamment pour lutter contre le vapotage chez les mineurs. Elle a finalement abouti, sous le gouvernement travailliste suivant, à l’adoption du Tobacco and Vapes Act, qui interdit la vente de vapes aux mineurs nés après 2009 et prévoit un encadrement strict du marché.
Si les bots n’ont pas empêché l’adoption de la loi, leur intervention soulève une question de fond : dans quelle mesure les consultations publiques restent-elles un outil fiable de démocratie participative à l’ère de l’IA générative ?
Un signal d’alarme pour les régulateurs européens
L’affaire intervient à un moment particulièrement sensible. La Commission européenne finalise actuellement la révision de la directive sur les produits du tabac (TPD), et plusieurs États membres ont déjà soumis leurs positions lors de la consultation publique clôturée en août 2026. L’OMS Europe a elle-même publié sa réponse officielle fin octobre, appelant à un alignement strict sur la Convention-cadre pour la lutte antitabac.
La révélation britannique pourrait inciter les institutions européennes à renforcer les mécanismes de vérification des contributions aux consultations publiques, afin de prémunir les futurs processus législatifs contre ce type de manipulation.
Vers une régulation des consultations numériques ?
Au Royaume-Uni, l’affaire relance le débat sur la nécessité d’authentifier les réponses aux consultations gouvernementales. Plusieurs experts en gouvernance numérique appellent à l’introduction de systèmes de vérification d’identité renforcés, voire à l’utilisation d’outils de détection de contenus générés par IA pour filtrer les soumissions suspectes.
Pour l’industrie de la vape, l’épisode est à double tranchant : si des acteurs pro-vape sont impliqués dans l’opération, cela risque de discréditer durablement les arguments légitimes de réduction des risques portés par les professionnels du secteur et les associations de vapoteurs lors des futures procédures réglementaires.




