Une carte mondiale en pleine recomposition
En 2026, la géographie réglementaire de la cigarette électronique ressemble de moins en moins à celle d’il y a cinq ans. Selon un panorama publié par Britannica mi-juin 2026, le nombre de pays ayant adopté des interdictions totales ou partielles de la vape a significativement augmenté, sous la pression conjuguée des autorités sanitaires, des gouvernements soucieux de protéger la jeunesse et des organisations internationales de lutte contre le tabac.
La tendance de fond est claire : là où les premières réglementations visaient surtout à encadrer la vente aux mineurs ou à limiter la teneur en nicotine, les législations les plus récentes vont beaucoup plus loin — interdictions totales, bannissement des arômes, taxes dissuasives, retrait des puffs du marché.
Les interdictions totales : un modèle contesté
Une poignée de pays ont opté pour l’interdiction pure et simple de la cigarette électronique. C’est le cas de l’Inde, de la Thaïlande, du Brésil (qui a longtemps maintenu un moratoire avant de légaliser sous conditions en 2023), ou encore de l’Australie, qui a imposé un régime de prescription médicale obligatoire pour toute vape nicotinée. Ces approches radicales sont de plus en plus critiquées par des organisations comme CAPHRA (Coalition of Asia Pacific Tobacco Harm Reduction Advocates), qui documentent leur effet pervers : loin de réduire l’usage, elles alimentent des marchés noirs florissants, où les produits circulent sans aucun contrôle de qualité ni de teneur en nicotine.
L’Europe se durcit, mais de façon hétérogène
En Europe, la tendance est au durcissement progressif, mais les approches nationales restent très disparates. La Bulgarie vient d’acter l’interdiction des cigarettes électroniques jetables (puffs), après validation par la Commission européenne, avec un retrait progressif sur trois mois. La Belgique a voté l’interdiction quasi totale des arômes dans les e-liquides, effective dès 2028. Douze États membres ont par ailleurs adressé une position commune à Bruxelles pour pousser à une harmonisation vers le haut des standards réglementaires.
La Commission européenne a publié en avril 2026 son évaluation de la directive tabac (TPD), ouvrant la voie à une révision qui pourrait considérablement modifier le cadre applicable aux produits du vapotage dans l’ensemble de l’Union. Le Parlement européen a de son côté adopté en avril 2026 une résolution appelant à examiner d’éventuels conflits d’intérêts entre des responsables de la Commission et l’industrie du tabac — un signal politique fort.
Les États-Unis à contre-courant
Pendant que l’Europe resserre l’étau, les États-Unis semblent évoluer dans la direction opposée. Sous l’administration Trump, la FDA a autorisé plusieurs vapes aromatisées aux fruits, dans un revirement qualifié de « probablement politique » par une partie de la communauté scientifique. Cette décision, qui a suscité une vive controverse — notamment après la révélation d’un don de 5 millions de dollars de l’industrie du tabac précédant la décision — illustre à quel point la régulation de la vape reste un enjeu profondément politique, pas seulement sanitaire.
Asie-Pacifique : entre prohibition et pragmatisme
Dans la région Asie-Pacifique, les approches sont également contrastées. La Malaisie a récemment renforcé son arsenal réglementaire après la découverte de fentanyl dans des e-liquides, avec des appels à l’interdiction totale émanant des forces de l’ordre. La Chine, premier producteur mondial de cigarettes électroniques, a durci ses règles internes tout en continuant d’exporter massivement vers les marchés étrangers.
Quel modèle pour demain ?
Le débat de fond reste entier : faut-il interdire pour protéger, au risque de pousser les consommateurs vers des circuits illicites moins sûrs ? Ou encadrer strictement, en maintenant un accès légal et contrôlé pour les adultes cherchant à réduire leur consommation de tabac ? Les données scientifiques les plus récentes — dont la méta-analyse publiée cette semaine sur le lien entre vape et cancer — vont peser lourd dans les arbitrages réglementaires à venir, tant au niveau national qu’européen et international.




