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Lobbying du tabac : comment la chambre de commerce américaine ouvre des portes aux industriels dans les pays en développement

Lobbying du tabac : comment la chambre de commerce américaine ouvre des portes aux industriels dans les pays en développement

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L’US Chamber of Commerce, cheval de Troie de l’industrie du tabac ?

Une enquête publiée par The Examination, média spécialisé dans les investigations sur l’industrie du tabac, lève le voile sur un mécanisme d’influence discret mais redoutablement efficace : le réseau mondial de la chambre de commerce américaine (US Chamber of Commerce) servirait de relais aux intérêts des grands industriels du tabac et de la nicotine dans les pays en développement, leur permettant de peser sur les processus législatifs locaux pour freiner ou diluer les réglementations anti-tabac et anti-vape.

Un réseau mondial au service d’intérêts privés

L’US Chamber of Commerce est l’une des organisations de lobbying les plus puissantes au monde. Son réseau de chambres affiliées couvre des dizaines de pays, notamment en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine — des marchés en forte croissance pour l’industrie du tabac, précisément parce que les réglementations y sont moins développées qu’en Europe ou en Amérique du Nord.

Selon l’enquête de The Examination, les industriels du tabac utiliseraient ces structures pour accéder à des décideurs politiques locaux sous couvert de défense des intérêts économiques généraux. La rhétorique employée mêle arguments de libre-échange, de souveraineté économique et de lutte contre le marché noir — des angles qui trouvent un écho favorable dans des pays soucieux de leurs recettes fiscales et de leur attractivité pour les investisseurs étrangers.

La vape au cœur de la stratégie

La cigarette électronique occupe une place centrale dans cette stratégie d’influence. Dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est et d’Afrique, les industriels — qu’il s’agisse de fabricants de vapes ou de cigarettiers traditionnels ayant diversifié leur portefeuille — cherchent à obtenir des cadres réglementaires favorables avant que des lois restrictives ne soient adoptées. L’argument avancé est souvent celui de la réduction des risques : la vape serait préférable à la cigarette combustible, et la réglementer trop sévèrement pousserait les consommateurs vers le tabac classique.

Cet argument n’est pas sans fondement scientifique — de nombreux experts de santé publique reconnaissent le potentiel de réduction des risques de la vape pour les fumeurs adultes. Mais l’enquête souligne que, dans ce contexte, il est instrumentalisé pour retarder toute régulation, y compris les mesures visant à protéger les mineurs ou à encadrer la publicité.

Un phénomène documenté, des conséquences concrètes

Ce type d’influence n’est pas nouveau. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le secrétariat de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) alertent depuis des années sur les tentatives de l’industrie du tabac d’interférer avec les politiques de santé publique, conformément à l’article 5.3 de la convention. Des pays comme l’Indonésie, les Philippines ou certains États africains ont vu leurs processus législatifs ralentis ou infléchis sous l’effet de pressions organisées.

La révélation de The Examination s’inscrit dans un contexte mondial où la régulation de la vape est en pleine effervescence : l’Union européenne débat d’une taxe sur les e-cigarettes, le Royaume-Uni durcit les règles sur les arômes et le packaging, et des États américains multiplient les interdictions. Dans ce paysage, les pays en développement représentent le dernier grand terrain de jeu pour une industrie sous pression dans les marchés matures.

Ce que cela signifie pour la régulation mondiale

L’enjeu dépasse la seule question de la vape. Si les mécanismes décrits par The Examination sont avérés à l’échelle documentée, ils posent une question fondamentale sur la gouvernance mondiale de la santé publique : comment des États aux ressources limitées peuvent-ils résister à des stratégies d’influence sophistiquées et bien financées ?

Pour les défenseurs d’une régulation équilibrée de la vape — ni prohibition totale, ni laissez-faire — le risque est double : voir des marchés entiers échapper à tout encadrement protecteur, tout en alimentant la méfiance envers l’industrie de la réduction des risques dans son ensemble. La transparence des processus législatifs et le renforcement des capacités des régulateurs locaux apparaissent comme des réponses indispensables à ce défi.

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A propos de l'auteur

Rédactrice et correspondante Suisse. Vapoteuse depuis de nombreuses années, je m'occupe principalement de l'actualité suisse.