Un moratoire ciblé sur deux quartiers populaires
Le 2 juillet 2026, le conseil municipal de Los Angeles a approuvé une interdiction temporaire d’ouverture de nouveaux smoke and vape shops dans les quartiers de Harbor et de Watts. Cette mesure de moratoire, adoptée à une large majorité, vise à stopper la prolifération de ces commerces dans des zones résidentielles jugées déjà saturées, en attendant qu’une réglementation permanente soit élaborée et votée.
Harbor et Watts sont deux quartiers à forte densité de population, historiquement défavorisés sur le plan socio-économique, situés dans le sud de Los Angeles. Les élus locaux qui ont porté la mesure ont mis en avant des données montrant une concentration anormalement élevée de points de vente de tabac et de vape par rapport à d’autres secteurs de la ville, ainsi qu’une exposition accrue des jeunes résidents à ces produits.
La logique de la régulation géographique
La décision de Los Angeles s’inscrit dans une tendance croissante aux États-Unis : réguler non plus seulement les produits eux-mêmes, mais aussi leur accessibilité géographique. Plusieurs villes américaines ont déjà adopté des règles limitant l’implantation de tabacs et vapeshops à une distance minimale des écoles, parcs ou lieux de culte. Orange County, en Floride, examine actuellement une proposition similaire centrée sur la proximité avec les établissements scolaires.
Le moratoire de Los Angeles va plus loin en instaurant un gel pur et simple des nouvelles ouvertures dans des périmètres définis, indépendamment de la proximité avec des établissements sensibles. L’objectif affiché est double : protéger les populations vulnérables, notamment les mineurs, et laisser le temps aux autorités municipales de définir un cadre réglementaire cohérent sur l’ensemble du territoire de la ville.
Un précédent aux implications nationales
Los Angeles est l’une des plus grandes villes des États-Unis, et ses décisions en matière de politique publique font souvent école. Le moratoire sur les vapeshops dans Harbor et Watts pourrait inspirer d’autres municipalités confrontées à la même problématique de surconcentration commerciale. La Californie, État précurseur en matière de réglementation du tabac et de la vape, dispose déjà de l’une des législations les plus restrictives du pays sur ces produits.
Pour les opérateurs du secteur, cette décision représente un signal d’alarme supplémentaire. Après les interdictions de vente de produits aromatisés dans plusieurs États, les restrictions géographiques constituent un nouveau front réglementaire qui pourrait affecter significativement la rentabilité des commerces spécialisés dans les zones urbaines denses.
La question de l’équité territoriale
Certains observateurs soulèvent une question d’équité : pourquoi ces restrictions s’appliquent-elles en priorité à des quartiers défavorisés comme Watts, historiquement marqué par des inégalités sociales profondes ? Les partisans de la mesure répondent que c’est précisément parce que ces quartiers sont les plus exposés — et les moins armés pour résister à une offre commerciale agressive — qu’ils méritent une protection renforcée. Les critiques, eux, y voient un risque de stigmatisation et s’interrogent sur l’efficacité réelle d’un moratoire temporaire sans plan de fond.
La durée exacte du moratoire et les critères qui guideront la réglementation permanente à venir n’ont pas encore été précisés par le conseil municipal. Un groupe de travail devrait être constitué dans les prochaines semaines pour formuler des recommandations. À suivre.




