Un taux de vapotage en hausse continue
Les derniers chiffres de Santé publique France sont sans ambiguïté : en 2024, 7,9 % des 18-79 ans déclarent vapoter, dont 6,1 % quotidiennement. Une progression régulière depuis 2016 qui confirme l’ancrage de la cigarette électronique dans les habitudes des Français — et qui pose avec une acuité renouvelée la question de l’encadrement de ce marché.
Selon VL Média, qui dressait début juin 2026 un état des lieux du secteur, la France reste l’un des marchés européens les plus dynamiques pour la vape, portée par un tissu dense de boutiques spécialisées et une offre produit en constante évolution.
Une pression réglementaire et fiscale inédite
L’environnement dans lequel évolue l’industrie française s’est considérablement durci. Sur le front fiscal, la taxe sur les e-liquides — dont le principe a été acté — doit entrer en vigueur au 1er octobre 2026, une mesure qui pourrait renchérir significativement le coût de la vape pour les consommateurs et fragiliser les acteurs les plus modestes de la distribution.
Sur le plan réglementaire, le débat sur l’interdiction du vapotage dans les espaces non-fumeurs a pris de l’ampleur : un sondage publié fin mai 2026 révèle que 7 Français sur 10 y seraient favorables, une opinion publique qui ne manquera pas de peser sur les arbitrages législatifs à venir.
Parallèlement, la condamnation de Philip Morris France pour publicité illicite, prononcée fin mai 2026, rappelle que la justice veille au respect du cadre publicitaire — un signal fort pour l’ensemble des acteurs du secteur.
Le grand écart scientifique
Le marché français évolue dans un contexte scientifique lui aussi en tension. D’un côté, l’Anses a identifié des risques sanitaires probables à moyen et long terme (effets cardiovasculaires, respiratoires, cancérogènes potentiels) et recommande de cantonner la vape au sevrage tabagique encadré. De l’autre, la Société Francophone de Tabacologie maintient un large consensus en faveur du vapotage comme aide légitime à l’arrêt du tabac.
Une étude publiée début juin 2026 dans Futura Sciences a par ailleurs identifié des modifications sur plus de 3 000 gènes chez des vapoteurs, pointant les arômes comme vecteur principal — une donnée qui alimentera inévitablement le débat réglementaire sur les saveurs.
Les défis structurels du secteur
Au-delà des chiffres, le marché français fait face à plusieurs défis structurels :
- La concurrence des puffs et produits illicites : malgré les interdictions progressives, le marché gris reste actif, fragilisant les réseaux de distribution légaux.
- La pression sur les marges : entre hausse de la fiscalité, coûts de mise en conformité et concurrence des plateformes en ligne, les boutiques indépendantes sont sous tension.
- L’image publique : la « glamourisation » de la vape, notamment chez les jeunes, cristallise les critiques et justifie aux yeux de beaucoup un durcissement de l’encadrement.
Vers quel avenir ?
L’automne 2026 s’annonce décisif : la taxe sur les e-liquides entrera en vigueur, et la question d’une extension des zones sans vapotage pourrait revenir au Parlement. L’industrie française devra démontrer sa capacité à se réguler et à valoriser son rôle dans la réduction des risques tabagiques — sous peine de voir le législateur trancher à sa place.




