L’OMS franchit un nouveau cap contre les arômes
Le 14 juin 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une recommandation formelle appelant l’ensemble des États membres à interdire les arômes dans tous les produits contenant du tabac ou de la nicotine — cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine et cigarettes conventionnelles inclus. Une prise de position qui va bien au-delà des mesures sectorielles adoptées jusqu’ici par certains pays et qui risque de peser lourd dans les débats réglementaires à venir, notamment en Europe.
L’argument central : les arômes comme vecteur d’initiation
L’OMS fonde sa recommandation sur un faisceau de données épidémiologiques et comportementales. Selon l’organisation, les arômes — fruités, sucrés, mentholés — jouent un rôle déterminant dans l’initiation des jeunes au vapotage et au tabagisme, en masquant l’âpreté naturelle de la nicotine et en rendant l’expérience plus accessible. L’OMS cite également des études suggérant que certains composés aromatiques, une fois chauffés ou vaporisés, peuvent générer des substances potentiellement toxiques pour les voies respiratoires.
L’organisation pointe en particulier l’exemple des Pays-Bas, qui ont mis en œuvre une interdiction des arômes dans les e-liquides dès 2023, comme modèle à suivre. Elle note que des mesures similaires ont été adoptées ou sont en cours d’examen dans plusieurs États membres de l’Union européenne, dont la Belgique — qui a acté une interdiction quasi totale des arômes de vape à partir de 2028 — et un groupe de douze pays ayant récemment plaidé en ce sens auprès de la Commission européenne.
Une recommandation qui dépasse la seule vape
Ce qui distingue cette prise de position de l’OMS des précédentes, c’est son périmètre universel : il ne s’agit plus seulement de cibler les puffs ou les e-liquides colorés destinés aux adolescents, mais d’éliminer les arômes de l’ensemble de l’écosystème nicotinique. Les cigarettes mentholées, déjà interdites dans l’UE depuis 2020, illustrent selon l’OMS la faisabilité d’une telle mesure à grande échelle.
Cette approche globale soulève néanmoins des questions de cohérence en matière de réduction des risques. De nombreux experts en santé publique, notamment au Royaume-Uni et dans les pays nordiques, soulignent que les arômes constituent précisément l’un des facteurs qui permettent aux fumeurs adultes de migrer vers des alternatives moins nocives que la cigarette combustible. Supprimer les arômes de la vape sans distinction pourrait, selon eux, fragiliser cet outil de sevrage tabagique.
Réactions et implications pour la filière
Du côté de l’industrie du vapotage, la recommandation de l’OMS est perçue comme une menace existentielle pour les gammes aromatisées, qui représentent l’écrasante majorité des ventes mondiales d’e-liquides. En France, où la filière vape emploie plusieurs milliers de personnes et où des acteurs comme VDLV ont structuré une chaîne de production 100 % nationale, la perspective d’une interdiction des arômes ravive les craintes exprimées lors des débats sur la taxe e-liquides ou l’assimilation au tabac.
La recommandation de l’OMS n’a pas de valeur contraignante directe : elle doit être transposée par les États ou les blocs régionaux (Union européenne, via la révision de la directive TPD notamment) pour produire des effets juridiques. Mais dans le contexte actuel — où douze États membres de l’UE ont déjà demandé un encadrement renforcé des arômes et où la Commission européenne prépare une révision de la réglementation tabac — elle constitue un signal politique fort susceptible d’accélérer le calendrier législatif.
Ce que cela change concrètement
Pour les vapoteurs et les professionnels du secteur, l’enjeu est clair : si cette recommandation se traduit en droit européen, les rayons d’e-liquides pourraient se réduire drastiquement aux seules saveurs tabac et, éventuellement, menthol selon les pays. Les fabricants français et européens devront anticiper des reformulations ou des repositionnements de gamme. Le débat entre protection de la jeunesse et réduction des risques pour les fumeurs adultes n’a jamais été aussi central dans l’agenda réglementaire mondial de la nicotine.

