L’interdiction qui devait tout régler
En juin 2025, le Royaume-Uni devenait l’un des premiers grands marchés occidentaux à interdire purement et simplement la vente de cigarettes électroniques jetables — les fameuses « puffs » ou « disposable vapes ». L’objectif affiché était double : protéger les jeunes de la nicotine et réduire l’impact environnemental de ces appareils à usage unique. Un an plus tard, les premiers bilans disponibles dressent un tableau nettement plus nuancé que ce qu’espéraient les promoteurs de la mesure.
Tabagisme en hausse, marché noir en plein essor
Selon les données compilées à fin juin 2026, le taux de tabagisme au Royaume-Uni a enregistré une légère remontée depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction, après des années de déclin régulier. Si la causalité directe reste difficile à établir avec certitude, plusieurs observateurs du secteur de la santé publique pointent un phénomène de report : une fraction des anciens vapoteurs — notamment parmi les jeunes adultes qui avaient adopté la puff comme alternative à la cigarette — serait revenue au tabac combustible, faute d’avoir trouvé un substitut accessible et abordable.
Parallèlement, le marché illicite des puffs a connu une croissance spectaculaire. Des produits de contrefaçon, souvent fabriqués en Asie du Sud-Est et importés via des circuits informels, circulent désormais librement dans certaines villes britanniques. Ces appareils échappent à tout contrôle qualité : concentrations en nicotine non vérifiées, présence possible de substances non déclarées, batteries défectueuses. Les autorités douanières britanniques ont multiplié les saisies, sans parvenir à endiguer le flux.
Un scénario prévisible, selon les experts de la réduction des risques
Ce bilan n’a pas surpris les spécialistes de la réduction des risques liés au tabac, qui avaient alerté dès 2024 sur les effets pervers potentiels d’une interdiction sèche. L’argument central : supprimer un produit sans proposer d’alternative accessible ne fait pas disparaître la demande, elle la déplace — vers le tabac, vers le marché gris, ou vers les deux.
La situation britannique fait écho à d’autres expériences internationales. En Australie, l’interdiction stricte de la vape récréative a alimenté un marché noir florissant, documenté par plusieurs études universitaires. En Thaïlande, le même phénomène a été observé depuis des années. Ces précédents auraient pu servir de mise en garde, mais la pression politique en faveur d’une action visible et rapide a souvent pris le dessus sur l’analyse des données.
Les leçons pour l’Europe continentale
Alors que plusieurs pays européens — dont la Belgique, qui vient d’annoncer l’interdiction des arômes attractifs d’ici 2028 — renforcent leur arsenal réglementaire sur la vape, l’expérience britannique offre un cas d’école à ne pas négliger. La question n’est pas tant de savoir si réguler, mais comment réguler efficacement sans créer de dommages collatéraux.
Les experts les plus nuancés plaident pour une approche différenciée : encadrement strict de l’accès des mineurs, obligations de recyclage pour les fabricants (comme l’a fait le Maine aux États-Unis avec sa loi REP), et maintien d’une offre légale et contrôlée pour les adultes souhaitant se sevrer du tabac. Une voie médiane que ni l’interdiction totale ni le laisser-faire ne permettent d’emprunter.
Le Royaume-Uni dispose encore de quelques mois pour ajuster sa politique avant que les tendances ne se cristallisent. Mais pour l’heure, les chiffres parlent d’eux-mêmes : interdire sans accompagner, c’est souvent déplacer le problème plutôt que le résoudre.




