Une décision qui va remodeler le marché belge de la vape
La Belgique vient de franchir un cap réglementaire significatif : à compter du 1er septembre 2028, les cigarettes électroniques commercialisées sur son territoire ne pourront plus proposer d’arômes dits « attractifs », c’est-à-dire tout profil de saveur autre que le tabac. Fruits, menthe, desserts, boissons — toute cette palette aromatique sera bannie des rayons belges. Seul l’arôme de tabac restera autorisé.
L’annonce, confirmée fin juin 2026, s’inscrit dans une logique de prévention ciblant explicitement l’initiation des jeunes à la nicotine. Les autorités belges estiment que la diversité des saveurs constitue un vecteur d’attractivité majeur pour les mineurs, un argument que l’on retrouve dans plusieurs rapports de l’Organisation mondiale de la santé et dans les travaux préparatoires à la révision de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD).
Un délai de transition de deux ans
En fixant l’entrée en vigueur à septembre 2028, le gouvernement belge accorde aux fabricants et distributeurs une fenêtre d’adaptation de plus de deux ans. Ce calendrier n’est pas anodin : il laisse le temps aux acteurs du secteur de reformuler leurs gammes, d’écouler les stocks existants et, pour certains, de contester éventuellement la mesure devant les juridictions compétentes.
La Belgique rejoint ainsi un club encore restreint de pays européens ayant adopté des restrictions aromatiques strictes. Les Pays-Bas avaient ouvert la voie en 2023 avec une interdiction similaire — non sans heurts juridiques —, et la Finlande applique depuis plusieurs années une réglementation comparable. À l’échelle de l’Union européenne, une coalition d’au moins douze États membres pousse pour intégrer une telle mesure dans la révision de la TPD, mais le consensus reste difficile à atteindre.
L’argument sanitaire au cœur du débat
Les partisans de la mesure s’appuient sur des données épidémiologiques préoccupantes : en Belgique comme dans le reste de l’Europe, le vapotage chez les adolescents a progressé de façon notable au cours des cinq dernières années, porté en grande partie par les puffs jetables aux saveurs sucrées. Le Haut Conseil de la santé publique français (HCSP) et Santé publique France ont eux-mêmes pointé le rôle des arômes dans l’initiation tabagique des jeunes, même si leurs recommandations n’ont pas encore débouché sur une interdiction comparable en France.
Du côté des défenseurs de la réduction des risques, la pilule est plus difficile à avaler. Plusieurs associations de vapoteurs et des experts en tabacologie soulignent que les arômes jouent un rôle clé dans la capacité des fumeurs adultes à substituer la cigarette combustible par la vape. Supprimer cette diversité, arguent-ils, risque de pousser une partie des ex-fumeurs à rechuter ou à se tourner vers des produits du marché gris, moins contrôlés et potentiellement plus dangereux.
Un précédent à surveiller pour la France et l’Europe
L’expérience belge sera scrutée de près par les autres capitales européennes. Si la mesure démontre un effet tangible sur le vapotage juvénile sans provoquer de report massif vers le tabac combustible ou le marché illicite, elle pourrait accélérer l’harmonisation européenne vers des restrictions aromatiques généralisées.
Pour les vapoteurs francophones — qu’ils soient belges, français ou suisses — la question qui se pose désormais est simple : dans combien de temps une telle décision pourrait-elle traverser les frontières ? La Commission européenne devrait présenter sa nouvelle proposition de TPD révisée d’ici fin 2026, et l’interdiction des arômes y figure parmi les options les plus discutées. Le calendrier belge pourrait bien servir de modèle.




