Une loi inédite, des rayons qui se vident
Depuis le 1er juillet 2026, l’Indiana est le premier État américain à interdire la vente de cigarettes électroniques fabriquées hors des États-Unis sans autorisation fédérale de mise sur le marché (PMTA). Une mesure présentée par ses promoteurs comme un outil de lutte contre les produits illicites — notamment les vapes chinoises non autorisées par la FDA — mais qui, dans les faits, bouleverse le quotidien des commerces spécialisés de l’État.
Selon des témoignages recueillis par la chaîne locale WDRB fin juillet 2026, de nombreux gérants de vapeshops se retrouvent à devoir retirer des pans entiers de leurs stocks, faute de pouvoir justifier de l’autorisation fédérale requise pour chaque référence. « On parle de 60 à 70 % de nos produits », confie l’un d’eux. « Du jour au lendemain, on ne peut plus les vendre légalement. »
Un approvisionnement en crise
Le problème est structurel : la grande majorité des vapes disponibles sur le marché américain sont fabriquées en Chine, et seule une infime fraction d’entre elles a obtenu une autorisation de mise sur le marché de la FDA — un processus long, coûteux et accessible principalement aux grandes marques disposant de ressources juridiques et scientifiques importantes. Les petits importateurs et distributeurs indépendants, qui constituent l’essentiel du tissu commercial de la vape en Indiana, se retrouvent donc dans une impasse.
Certains commerçants tentent de se réorienter vers des produits américains ou disposant d’une PMTA valide, mais l’offre reste limitée et les prix de gros ont bondi. D’autres envisagent de réduire leur surface de vente ou de diversifier leur activité vers des produits non concernés par la loi, comme les accessoires ou les e-liquides domestiques.
Entre conformité et survie économique
La loi prévoit des sanctions sévères pour les contrevenants : amendes, saisies de marchandises et, en cas de récidive, fermeture administrative. Des inspections ont déjà eu lieu dans plusieurs comtés, et les premiers procès-verbaux ont été dressés. Pour les gérants, la pression est double : se conformer à une réglementation complexe tout en maintenant une activité économiquement viable.
« On est coincés entre deux feux », résume un propriétaire de boutique à Indianapolis. « Si on vend ce qu’on avait avant, on risque une amende. Si on ne vend plus rien, on ferme. » Plusieurs associations professionnelles du secteur ont saisi des avocats pour explorer les recours possibles, notamment une contestation constitutionnelle de la loi au motif qu’elle entraverait le commerce interétatique.
Un précédent qui fait école — ou qui fait peur
L’Indiana est observé de près par d’autres États qui envisagent des législations similaires. Ses partisans y voient un modèle pour assainir un marché envahi par des produits non contrôlés ; ses détracteurs, une mesure protectionniste qui pénalise d’abord les petits commerces sans réellement endiguer le marché noir.
Car l’effet pervers est déjà visible : selon plusieurs commerçants, des clients qui ne trouvent plus leurs produits habituels en boutique se tournent vers des achats en ligne sur des sites non vérifiés, ou vers des revendeurs informels. « On voulait réguler le marché, on est en train de le pousser vers l’ombre », s’inquiète l’un d’eux.
L’expérience de l’Indiana sera scrutée dans les mois à venir comme un test grandeur nature des limites — et des effets de bord — d’une réglementation par l’origine géographique des produits.




