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Spice et vape : pourquoi de plus en plus d’enfants inhalent la « drogue de prison »

Spice et vape : pourquoi de plus en plus d’enfants inhalent la « drogue de prison »

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Une drogue synthétique qui emprunte le vecteur de la vape

Le 6 août 2026, The Guardian publie une enquête alarmante sur un phénomène en progression au Royaume-Uni : des enfants et adolescents qui consomment du Spice — un cannabinoïde synthétique aux effets imprévisibles et potentiellement mortels — en le vaporisant via des cigarettes électroniques. Le Spice, longtemps associé aux prisons britanniques et aux sans-abri, trouve ainsi un nouveau vecteur de diffusion : le matériel de vapotage, dont la discrétion et la facilité d’usage séduisent une population de plus en plus jeune.

Le titre choisi par le quotidien britannique résume à lui seul la gravité de la situation : « Ça peut vous rendre psychotique ou provoquer un arrêt cardiaque. » Les professionnels de santé et les travailleurs sociaux interrogés décrivent des épisodes de pertes de conscience, de crises convulsives et de comportements dissociatifs chez des mineurs ayant inhalé la substance.

Qu’est-ce que le Spice, exactement ?

Le Spice désigne une famille de cannabinoïdes synthétiques conçus en laboratoire pour imiter les effets du THC, le principe actif du cannabis. Contrairement au cannabis naturel, ces molécules se lient aux récepteurs cannabinoïdes avec une affinité bien supérieure, ce qui décuple leur puissance et leur toxicité. Longtemps vendus légalement sous des appellations fantaisistes (« herbes aromatiques », « potpourri »), ils ont été progressivement interdits au Royaume-Uni à partir de 2016 avec le Psychoactive Substances Act.

Malgré cette interdiction, le marché clandestin a prospéré, notamment dans les établissements pénitentiaires où la substance est devenue endémique — d’où son surnom de « drogue de prison ». Sa forme liquide, adaptable aux cartouches de vape, lui ouvre désormais un accès bien plus large.

La vape comme vecteur involontaire

L’enquête du Guardian souligne un paradoxe douloureux pour la filière de la cigarette électronique : le matériel de vapotage, conçu à l’origine comme outil de réduction des risques pour les fumeurs adultes, est détourné pour administrer des substances bien plus dangereuses que la nicotine. Les liquides à base de cannabinoïdes synthétiques sont quasi indétectables à l’odeur, ce qui complique la surveillance dans les établissements scolaires et les familles.

Des intervenants en addictologie cités dans l’article alertent sur la rapidité de l’installation de la dépendance et la sévérité des syndromes de sevrage. Certains cas documentés impliquent des enfants de moins de 14 ans.

Un signal qui dépasse les frontières britanniques

Si l’enquête se concentre sur le Royaume-Uni, le phénomène n’est pas isolé. Des signalements similaires ont été rapportés en France, en Belgique et aux Pays-Bas, où les services de soins d’urgence pédiatriques ont observé des admissions liées à des cannabinoïdes synthétiques vaporisés. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) suivent de près l’évolution de ces usages détournés.

Pour les défenseurs de la réduction des risques, ce dossier est à double tranchant : il illustre que le problème n’est pas la vape en tant que telle, mais le contenu des liquides et l’absence de contrôle sur les produits illicites circulant parmi les jeunes. Amalgamer vape légale et Spice illégal risque de brouiller les messages de santé publique et de pénaliser les adultes qui utilisent la cigarette électronique pour arrêter de fumer.

Ce que cela change pour le débat réglementaire

Ce type de reportage nourrit inévitablement les appels à un durcissement de la réglementation sur la vape, y compris sur les produits légaux. Les autorités britanniques, qui ont déjà imposé l’emballage standardisé et des restrictions sur les arômes, pourraient s’en saisir pour aller plus loin. En Europe continentale, la révision de la Directive sur les produits du tabac (TPD) en cours à Bruxelles pourrait également être influencée par ces signaux.

La question centrale reste entière : comment protéger efficacement les mineurs contre les usages détournés sans priver les adultes fumeurs d’un outil de sevrage reconnu par de nombreuses autorités sanitaires ?

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A propos de l'auteur

Rédactrice et correspondante Suisse. Vapoteuse depuis de nombreuses années, je m'occupe principalement de l'actualité suisse.