Une réforme législative d’envergure
Le gouvernement espagnol a présenté un projet de loi antitabac qui, s’il est adopté, placerait l’Espagne parmi les pays européens les plus restrictifs en matière de tabac et de vapotage dans l’espace public. Le texte, annoncé fin juillet 2026, prévoit d’étendre les zones sans fumée à des espaces jusqu’ici épargnés par la réglementation : terrasses de cafés et restaurants, plages, parcs nationaux, fêtes et rassemblements en plein air.
La cigarette électronique est explicitement incluse dans le périmètre du projet, ce qui marque une évolution notable par rapport à la loi antitabac de 2010, qui avait transformé les habitudes des Espagnols mais n’avait pas anticipé l’essor de la vape.
Ce que prévoit le texte
Selon les éléments rendus publics, le projet de loi s’articule autour de plusieurs axes :
- Interdiction de fumer et de vapoter en terrasse, y compris dans les établissements disposant d’espaces extérieurs couverts.
- Extension aux plages et aux espaces naturels protégés, où la consommation de tabac et de cigarettes électroniques serait prohibée.
- Renforcement des restrictions pour les mineurs, avec des mesures visant à limiter l’accès aux produits du tabac et aux vapes pour les moins de 18 ans.
- Encadrement de la publicité pour les produits de vapotage, dans la continuité des directives européennes.
Le ministre de la Santé a justifié ces mesures par la nécessité de protéger les non-fumeurs des effets de l’exposition passive, y compris à la vapeur des cigarettes électroniques, dont les effets à long terme sur les tiers restent selon lui insuffisamment documentés.
Un contexte européen favorable aux restrictions
Cette initiative espagnole s’inscrit dans une dynamique européenne plus large. Plusieurs pays ont durci ou annoncé un durcissement de leur cadre réglementaire sur la vape ces derniers mois : l’Irlande a voté une restriction sur les arômes, l’Allemagne prépare une interdiction des puffs jetables, et la Commission européenne a publié en avril 2026 un rapport d’évaluation de la directive tabac (TPD) qui ouvre la voie à de nouvelles contraintes.
L’OMS Europe a de son côté appelé les États membres à traiter la cigarette électronique « comme le tabac », en ciblant notamment les arômes et la publicité jugés attractifs pour les jeunes.
Des réactions contrastées
Le projet ne fait pas l’unanimité. Les professionnels de la restauration et du tourisme — secteur vital pour l’économie espagnole — s’inquiètent de l’impact sur la fréquentation des terrasses, qui constituent une part importante de leur chiffre d’affaires, notamment en été. Des voix s’élèvent également du côté des associations de vapoteurs, qui estiment que la mise sur le même plan de la vape et de la cigarette combustible ignore les différences de nocivité documentées.
Du côté de la santé publique, les partisans du texte rappellent que l’Espagne compte encore environ neuf millions de fumeurs, et que les espaces extérieurs des établissements sont devenus, depuis l’interdiction de 2010, les derniers refuges de la consommation de tabac dans les lieux de convivialité.
Un calendrier législatif encore incertain
Le projet doit encore franchir les étapes du processus législatif espagnol, et son calendrier d’adoption reste incertain. Des amendements sont attendus, notamment sur la question des terrasses et sur le traitement différencié éventuel entre tabac combustible et cigarette électronique.
Si le texte est adopté en l’état, l’Espagne rejoindrait un groupe restreint de pays européens — dont la France pour certains espaces — ayant choisi d’étendre les restrictions au-delà des espaces intérieurs. Un signal politique fort, à l’heure où Bruxelles prépare la révision de la directive tabac.




